Une supervision multisite se dimensionne sur l’astreinte, pas sur le nombre de sondes
Un outil qui remonte tout produit un bruit que personne ne traite. Ce qui détermine la valeur d’une supervision est ce qui se passe après l’alerte, et qui s’en charge.
Une supervision se déploie en quelques semaines. Elle cesse d’être lue en quelques mois. Le mécanisme est toujours le même : l’outil remonte tout ce qu’il sait remonter, le volume dépasse ce que l’équipe peut traiter, et l’équipe cesse de regarder. À partir de là, l’alerte qu’il aurait fallu voir est noyée dans celles qui ne demandaient rien.
L’alerte n’est pas la supervision
Superviser ne consiste pas à mesurer. Mesurer est la partie facile, et la seule que l’outil fait seul. Superviser consiste à décider, avant l’incident, quels écarts appellent une action, qui la conduit, dans quel délai, et comment on sait qu’elle a été conduite.
Une alerte que personne ne traite ne signale plus rien. Elle fait pire : elle masque celle qui comptait, et elle donne à la direction le sentiment d’une couverture qui n’existe pas.
Trois questions qui précèdent le choix de l’outil
Qui reçoit, et quand. Une organisation sans astreinte n’a pas besoin d’une supervision qui alerte la nuit ; elle a besoin d’un état consultable le matin. Une organisation avec astreinte doit savoir qui est joignable, sur quel canal, et ce qu’il est habilité à faire seul à trois heures du matin.
Ce qui justifie de réveiller quelqu’un. La liste est courte, et elle s’écrit avant l’installation. Sur la plupart des sites, elle tient en cinq à huit situations. Tout le reste est une donnée, consultable, et non une alerte.
Ce qui se passe si personne ne répond. Une chaîne d’alerte sans second niveau et sans délai d’escalade n’est pas une chaîne, c’est une notification. Le second niveau se nomme, et il est prévenu qu’il l’est.
Le seuil se déduit de l’action, jamais de la mesure
Un seuil se fixe en remontant depuis l’intervention. La question n’est pas à partir de quelle valeur la mesure devient anormale, mais à partir de quelle valeur quelqu’un doit se déplacer. Les deux réponses sont rarement les mêmes, et c’est la seconde qui est utile.
Un réservoir de carburant en est l’illustration ordinaire. Le niveau bas n’intéresse personne en soi. Ce qui intéresse est le moment où l’autonomie restante devient inférieure au délai de réapprovisionnement du site, et ce délai n’est pas le même pour un bâtiment urbain et pour une station à quatre heures de route.
Ce qui doit remonter d’un site isolé
Sur un site distant, la supervision porte une charge supplémentaire : elle est souvent le seul moyen de savoir qu’il se passe quelque chose. Deux points y sont particulièrement mal traités.
Le premier est la supervision de la chaîne d’alerte elle-même. Un site qui ne remonte plus rien peut être un site sans incident, ou un site dont le lien est tombé. Sans un signal de vie périodique, les deux se ressemblent, et l’un des deux est une urgence.
Le second est l’alimentation de la supervision. Un équipement de mesure alimenté par le tableau qu’il surveille cesse de mesurer au moment précis où sa mesure devient intéressante.
Reprendre une supervision existante
Une supervision qui n’est plus lue se reprend rarement en changeant d’outil. Elle se reprend en refaisant l’inventaire de ce qui est réellement surveillé, en supprimant les alertes qu’aucune action ne suit, et en attribuant chacune de celles qui restent à une personne et à un délai.
L’opération ne demande pas de licence. Elle demande une décision par alerte, et c’est pour cette raison qu’elle est rarement conduite.

